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«Si nous voulons changer la société, nous devons révolutionner. Je suis partisan des solutions de choc: celles qui brisent, qui cassent avec ce traditionnel jugement selon lequel les Congolais sont ainsi», déclare Me Ruberwa au «Soft»
LE SOFT INTERNATIONAL
MISE EN LIGNE LE 25 DÉCEMBRE. 2004 | LE SOFT N°807 DATÉ 13 DÉC. | LE SOFT N°808 DATÉ 27 DÉC. 2004.
Me Ruberwa a effectué une tournée de dix jours, du 23 novembre au 3 décembre, à Londres, Paris et Bruxelles. Si à Paris, le Vice-président de la République en charge de questions Politiques, de Défense et de Sécurité, a reçu un accueil à la mesure des relations contrastées qu’entretient la France avec les composantes politiques au pouvoir à Kinshasa - Paris privilégiant manifestement ses relations personnelles avec Joseph Kabila -, et qu’à Londres, l’accueil a été plutôt chaleureux, c’est à Bruxelles que le chef de l’ex-rébellion armée de l’Est a eu droit à un protocole véritablement digne d’un chef d’État, le royaume ayant mis à sa disposition une escorte de gardes officiels et des gendarmes à moto avec gyrophares entourant sa voiture dans les déplacements coupe-file.
C’est dans l’ex-métropole que la visite a connu le plus grand éclat et un réel succès politique avec la rencontre rue de la Loi avec le Premier ministre Guy Verhofstadt, celles avec le ministre des Affaires étrangères Karel de Guth, le ministre de la Défense André Flahaut, le ministre de la Coopération Armand de Decker, les présidents des deux Chambres législatives sans compter, au siège de la Commission Européenne, la visite chez Javier Solana Madariaga, le Haut représentant de l’Union Européenne et chez le tout nouveau Commissaire européen, l’inévitable Louis Michel.
Occasion d’en faire le point, l’agenda toujours chargé, lors d’une fortuite escale à Douala, la capitale économique du Cameroun. Occasion aussi d’aborder un ensemble de questions d’actualité alors que la tournée prenait fin après une semaine folle faite de nouveaux bruits de bottes à l’Est de la R-dCongo et dont nul ne connaissait ni l’exacte réalité, ni les retentissements possibles. Interview ci-après.
Quels étaient les objectifs de cette tournée, la première qu’un membre de l’espace présidentiel effectue après celles du chef de l’État?
La tournée poursuivait deux objectifs: d’une part, rencontrer nos partenaires traditionnels de l’Union Européenne, leur donner l’information correcte sur l’état de la transition, c’est-à-dire, ce qui a été fait en une année et demie et ce qui reste à faire dans les six mois en principe à venir, et de l’autre, partager avec eux les difficultés que nous rencontrons et envisager ensemble les solutions et les concours grâce auxquels nous pourrions tenir les élections dans le délai de six mois ou que nous sommes tenus de tenir. Au nombre de ces difficultés, il faut citer l’intégration de l’armée et l’intégration de la police.
Mais il y a aussi la sécurité sur l’ensemble du territoire national - je parle de la sécurité des personnes physiques et de leurs biens - et le financement du volet restant, les 40 %, des élections. Soit 125 millions de dollars. Sur ce deuxième objectif, il était question d’éclairer nos partenaires sur nos difficultés et de les engager à trouver les solutions avec nous au niveau du financement attendu, de la formation et de l’équipement. Nous pensons que la mission a été un succès.
Avez-vous donc reçu les réponses attendues?
Nous les avons reçues en promesses, à Londres, à Paris, tout comme à Bruxelles. Nous avons donné l’évaluation des besoins. Il nous faudrait par exemple 9 millions d’euros pour 9.000 policiers à former. Ceux-ci devront sécuriser les bureaux de vote lors des opérations électorales. À Bruxelles, même si l’intégration de l’armée nous était renvoyée jusqu’ici comme étant une dépense de souveraineté, l’UE qui, déjà, contribue au financement de ces élections à concurrence de la moitié, a accepté une rallonge du financement.
Il nous faut au minimum une dizaine de brigades pour tenir les élections. Il serait hasardeux de tenir celles-ci sans ce minimum... Nous serions vite rattrapés par les démons des conflits armés.
À l’étape de Bruxelles, vous avez eu un long échange avec les ex-FAZ...
Nous serions fort endettés si, en quittant l’Europe, nous n’avions pas rencontré cette catégorie de Congolais. Ce ne sont pas - il faut le préciser - les seuls Congolais que nous avons rencontrés. À chaque étape, nous choisissions librement la catégorie de Congolais que nous allions rencontrer selon les spécificités de la ville. À Londres, nous avons eu un échange avec la presse congolaise qui s’y est établie. À Paris, nous avons rencontré la communauté congolaise dans son ensemble. À Bruxelles, nous avons rencontré effectivement ceux que l’on appelle couramment les ex-FAZ, c’est-à-dire, le groupe de généraux, colonels et officiers subalternes réfugiés en Europe et qui avaient appartenu à l’armée de Mobutu. Nous avons voulu briser avec les discours qui tendent à politiser cette catégorie de membres de la société, à en faire un mythe, ou à voir derrière les ex-FAZ des projets de coups d’État sans doute pour les diviser.
Nous avons voulu être rassurants. Nous leur avons dit qu’ils sont à l’étranger par un concours de circonstances, et qu’ils sachent que le Congo a investi dans leur formation. Il n’y a aucune raison qu’ils restent à l’étranger en craignant une arrestation à leur retour au pays. Le décret d’amnistie d’avril 2003, qui a permis aux ex-belligérants de se retrouver à Kinshasa, est suffisant pour permettre à tout Congolais qui le désire de regagner son pays sans rien craindre pour sa liberté. Mais nous leur avons également dit que l’armée était à la croisée des chemins et qu’il y a deux bras qui s’offrent à elle: d’une part l’intégration, de l’autre la démobilisation.
Sans doute, pourraient-ils être mis à profit dans l’une ou l’autre filière. Nous avons dit que même ceux des ex-FAZ qui ont accompli l’âge de la retraite à la suite de l’âge de naissance ou de la durée dans le métier des armes qu’ils auraient droit à un traitement honorable.
Ce n’est pas la première fois que je rencontrais les ex-FAZ. À Kinshasa, j’ai déjà rencontré une délégation d’officiers de haut rang. À Brazzaville, j’ai, à ce propos, longuement échangé avec le président Sassou Nguesso.
D’autres personnalités tel le président de la République ou le ministre de la Défense ont pris des initiatives. Je crois qu’il est important de coordonner ces activités.
C’est en notre qualité de membre de l’espace présidentiel que nous avons reçu ces compatriotes. Nous avons exigé de les recevoir non pas en tant que groupe d’amis ou un groupe donné d’ex-FAZ mais toutes tendances des ex-FAZ confondues. Nous allons maintenant examiner leurs revendications. En attendant, je puis dire que les réponses à leurs préoccupations résident dans ce que je viens de dire.
Quelles étaient leurs réponses?
Ils ont très positivement reçu cette rencontre. Ils étaient très satisfaits. Je dois dire que nous avons eu d’excellents échanges. Ils m’ont dit que c’est la toute première fois qu’ils voyaient une délégation officielle de ce niveau se préoccuper de leur situation. Ils étaient très touchés... Ils m’ont exprimé leurs préoccupations. Je les ai rassurés qu’au niveau de la présidence de la République, tout comme à celui de la Commission Politique, Défense et Sécurité ou au niveau du Gouvernement, nous allions accélérer le dosser et enlever tous les prétextes qui les empêchaient de revenir au pays. Bien sûr, ils n’ont pas manqué de faire état de la présence à Kinshasa d’une équipe qui les avait précédés et qui est comme bloquée et qu’ils souhaitaient notre intervention pour leur droit au retour.
Quelles questions reviennent le plus souvent quand vous avez rencontré les partenaires européens?
Globalement, nos partenaires veulent avoir l’assurance que les Congolais ont la volonté politique de travailler ensemble, de régler leurs problèmes, d’aller jusqu’au bout de la transition, de former une armée, de faire la vraie réconciliation. Bref, d’oeuvrer comme leadership. Ils voulaient jauger en réalité notre volonté politique - c’est le mot clé entendu partout. Après que je leur aie parlé et fait la présentation, ils ont dit qu’ils étaient convaincus de la qualité de ce qui était fait, que la présentation était suffisamment rationnelle pour emporter leur adhésion et les engager, mais, en même temps, ils voulaient être rassurés et savoir que nous avions suffisamment de volonté politique, que ce soit au niveau de l’espace présidentiel ou des autres gouvernants en général pour aller aux élections mais aussi pour travailler ensemble. Ils ont même poussé beaucoup plus loin et ont envisagé des mécanismes qui éviteraient que l’après-élections ne soit pire que l’avant-élections. Ils disent qu’il faut que le projet de Constitution apporte les solutions aux problèmes qui devraient surgir à l’issue des élections ou pendant les élections. Ce qui compte, m’ont-ils dit partout, c’est la stabilité du Congo, cette stabilité qui conduit à la stabilité de l’Afrique et de l’Afrique centrale en particulier alors que la menace terroriste préoccupe le monde.
La Communauté internationale a besoin d’un État congolais qui se sécurise lui-même, qui sécurise ses voisins, et, de ce fait, sécurise l’Afrique et le monde. Je n’ai pas manqué d’indiquer que cette volonté existe, mais qu’elle est à parfaire. J’ai expliqué que nous venons de très loin. Nous avons pratiquement parcouru tout le chemin. On pourrait croire que les six mois à venir seront sans histoire... Je n’ai pas manqué de mentionner les difficultés liées à la construction de la confiance en évoquant les différentes crises mais aussi en insistant sur le fait que ces crises n’ont pas emporté la transition. Nous ne sommes pas arrivés à la pire des situations comme en Côte d’Ivoire dès lors que les lois, même les plus délicates, comme celle liée à la nationalité, ont pu être votées par les deux Chambres là où ailleurs, les concepts par exemple d’ivoirité ou de division, ont tout gâché. J’ai donc reconnu que nous ne sommes pas sans faute à tous les niveaux et qu’il y a nécessité de renforcer cette volonté politique mais qu’en plus, nous étions aussi conscients de l’exigence de l’évaluation, le but étant - cela nous caractérise encore toujours - une transition qui ne soit pas de quantité mais de qualité. Cela suppose ne pas avoir le parallélisme des pouvoirs, cela suppose respect ample des accords et des principes convenus de consensualité, de non conflictualité, de lutte contre les anti-valeurs, etc. Nous devrions être en mesure d’améliorer la qualité de vie du fonctionnaire, du médecin, du magistrat, du professeur, de l’étudiant...
À Bruxelles, il y a eu du tumulte lors de l’une de vos apparitions. Quel commentaire faites-vous?
Oh! c’est un événement très mineur, très très mineur... Ceci s’est produit pratiquement à la veille de la fin de notre mission lorsque dix ou douze jeunes délinquants ont voulu forcer l’entrée de la salle où je tenais une conférence de presse.
L’accès de la salle était garanti aux professionnels de la presse et il a été étendu aux diplomates de notre ambassade mais il ne pouvait naturellement être autorisé au public. La salle était très petite. Si encore il s’agissait d’une grande salle comme à Paris où nous avons, en deux heures, échangé avec la communauté congolaise toutes tendances confondues et où tous ont eu - c’était l’objet de la réunion - à poser les questions même les plus embarrassantes sur mon identité, ce qui m’a conduit à donner les réponses les plus appropriées beaucoup applaudies là où certains étaient venus déranger!
À Bruxelles, c’était une question d’organisation. Où qu’ils soient, qui qu’ils soient, nous avons intérêt à conduire les membres de notre Nation à respecter les procédures. Une conférence ouverte aux journalistes ne l’est pas aux non journalistes et, de surcroît, aux dérangeurs. Nous avons donc été chahutés et injuriés au début de la conférence mais ces chahuteurs ne pouvaient entendre ce que je disais dans la salle. C’est le propre de demandeurs d’asile qui recherchent des papiers dans le pays et ont besoin d’images fortes pour se faire accepter.
Nous devons les rassurer: nous avons la culture du dialogue et du pardon. Quels qu’ils soient, qu’ils reviennent au pays - c’est leur pays - et que nul ne prenne prétexte parce que telle ou telle personne m’aurait traité de telle ou telle manière... Cela dit, on pourrait se demander qui est derrière ces délinquants et s’ils n’ont pas été manipulés ou n’ont pas reçu d’argent pour ce faire... Mais comment être surpris? Le contexte de la transition permet des tels débordements et des tels croc-en-jambe. Moi - et ils doivent savoir - je me trouvais à l’étranger en mission du Gouvernement, non pour le compte de mon parti.
Votre parti précisément ne mérite-t-il pas d’être mieux regardé?
Naturellement oui. Un parti politique comme le nôtre sort des affres de la guerre... Pendant cinq ans, nous avons évolué avec une certaine logique. Soudain, avec la transition, il nous a fallu nous métamorphoser mais ce n’est pas en un jour que Rome s’est construite. Cela signifiait d’abord que nous quittions Goma pour Kinshasa. Goma c’est combien d’habitants face à Kinshasa? Goma c’est quelle mentalité politique? Goma c’est l’est du pays... Or, Kinshasa c’est à l’ouest. Le changement de lieu est la première donnée. La deuxième: la logique d’un mouvement politico-militaire qu’il nous a fallu quitter au bénéfice de celle d’un parti politique. Mais cela ne va pas sans mal...
Sans entrer dans les détails, je conviens avec vous que nous n’avons pas atteint la perfection. Mais ce que nous vivons, c’est soit que cela est vécu par d’autres partis politiques surtout ceux issus des composantes politiques ex-belligérantes - peut-être que nous avons assez de démocratie pour faire connaître nos problèmes internes mais il y a parfois pire chez les autres partis ex-belligérants -, soit que nous traversons des épreuves qui nous poussent à nous interroger sur ce qu’il y a à casser et qui doit être cassé pour ne conserver que des éléments peut-être purs ou qui reproduisent en eux-mêmes l’esprit et la lettre de notre projet de société.
Parce qu’en effet, il n’est pas possible d’avoir des personnes qui, par conviction, défendent des éléments de projet de société d’un autre parti... Voilà pourquoi, compte tenu de ces mutations, de ces exigences, de notre logique, il se dégage assez constamment, encore maintenant, des besoins de mieux regarder notre parti.
La base piaffe d'impatience... Déjà, elle parle d’absence d’autorité, de relâchement de l’idéal de départ... La base est très amère à votre égard.
Quand j’entends ce genre de critique, je me dis: ou les gens disent cela par ignorance ou les gens attendaient de moi de l’autoritarisme. Ce n’est ni dans ma nature comme homme, ni dans mes objectifs comme homme politique de diriger ni le parti, ni le pays avec des méthodes d’autoritarisme. Il y a des partis politiques et des pays qui vivent sous le joug de tels régimes... Moi, je suis un démocrate et un républicain. Donc respectueux des valeurs. Par deux fois dans l’histoire, nous avons été amenés, avec d’autres, à prendre les armes pour détruire des tels régimes.
On ne peut pas avoir été membre de la Révolution de 96 et 97 et de celle du RCD en 98 et ne pas consacrer assez d’espace à la liberté et à la démocratie. Notre attitude est une attitude de responsable. Notre logique consiste à prendre des bonnes décisions au bon moment mais aussi de tenir compte des circonstances. Même lorsque se pose un problème de discipline - lequel se pose d’ailleurs dans tous les partis politiques du monde -, notre esprit veut que nous puissions voir entre l’unité et la discipline, ce qu’il y a à privilégier sans négliger ni l’un, ni l’autre. Quant à l’autorité, nous l’avons suffisamment sur tous les plans. C’est pour cela que le caractère respectueux de l’autorité du président ne peut être mis en cause. Mais seulement, nous n’avons pas de l’autoritarisme et nous n’avons pas le projet de l’avoir.
L’armée reste toujours une hypothèque...
Je suis chargé du secteur de la Défense et je dépense moins de temps de sommeil à cause précisément de cette question. À six mois de la fin de la transition, force est de reconnaître que nous avons enregistré un retard presque irrécupérable en matière de formation et d’intégration de l’armée restructurée. Deux raisons à cela. La première c’est l’absence de budget. À l’heure actuelle, nous avons consacré les trois quarts de la transition sans budget, ni débat sur l’armée. Que faire de ces 340.000 hommes qui viennent des composantes et entités ex-belligérantes? Si on doit démobiliser la moitié de ces soldats et former l’armée avec l’autre moitié, comment faire? Comment ne pas avoir débattu de cette question? J’avoue que le défaut de budget a conditionné le défaut de l’intégration de l’armée.
D’où une question: avions-nous, avons-nous la volonté politique suffisante? Ou y a-t-il au contraire des calculs, des agendas cachés? Peut-être que tel veut garder l’armée x ou l’armée y dans son format, qui sait? Peut-être que tel se prépare à contester les résultats des élections et qu’il pourrait avoir recours à l’armée... Ou peut-être que telle composante belligérante chercherait-elle à avaler les autres composantes! Comment remédier à cela? Je le dis à gauche et à droite où je passe. Il nous faut instaurer le dialogue interne et, en même temps, clairement dire que nous sommes sur un faux chemin aussi longtemps que nous n’avons pas une armée mais des armées. J’espère que le budget 2005 en préparation va nous permettre de disposer d’un budget sur la rubrique intégration de l’armée.
Cette question est cruciale. Supposons que nous allions aux élections et que quelqu’un de l’opposition non armée les gagne - tel Tshisekedi qui a, hypothèse d’école, un bon électorat -, comment est-ce qu’il se comporterait au lendemain des élections? N’importe qui pourrait lui faire un coup en l’absence d’une armée unique. Supposons qu’un ex-belligérant les gagne - moi-même, Kabila, Bemba, Mbusa, Lumbala -, si le pays n’a pas une armée intégrée, ceux qui auront perdu les élections peuvent recourir aux armes. Cette question de l’armée détermine la suite des événements. Les calculs des uns et des autres qui retardent l’intégration de l’armée sont à condamner. Cela dit, je note qu’après notre célèbre cahier des charges, je vois une intention améliorée des acteurs. Il reste que le pays ne dispose toujours que d’une seule unité intégrée: celle formée par les Belges...
L’armée ne relève-t-elle pas de votre autorité au titre de président de la Commission Politique, Défense et Sécurité? Le contrôle de ce secteur vous échapperait-il?
Les secteurs de souveraineté - défense, sécurité, diplomatie - constituent traditionnellement, et même dans les autres régimes de cohabitation dans le monde, des domaines de partage ou de collaboration. Je sais que je suis le Vice-président qui a hérité des secteurs de souveraineté où on ne peut pas ne pas voir l’ombre permanente du Président au titre de Commandant suprême ou comme Président du Conseil supérieur de la Défense. On peut imaginer que dans les secteurs de l’Économie, des Infrastructures ou dans les domaines socio-culturels, le Président passe des jours sans nécessairement chercher à savoir ce qui s’y passe, attendant de recevoir un rapport. Je crois que la tentation permanente serait de mon côté de coordonner ce secteur sans lui, secteur dont il a le droit de regard. Mais je ne cède pas à la tentation... La tentation de son côté est de vouloir aller au-delà du seul droit de regard, de prendre des attributions que la Constitution ne lui reconnaît malheureusement pas. S’il le faisait, il deviendrait du coup le Premier ministre, le coordonnateur de l’action gouvernementale. Ce qu’il ne peut être.
J’ai l’impression que si moi, je résiste à la tentation de vouloir tout régenter tout seul, sans lui, j’ai pu constater des occasions où il cède à la tentation, c’est clair. Ce n’est pas la première fois que je dis cela. J’ai pu le dénoncer déjà dans le mémorandum du RCD d’août dernier. Finalement, ce qui compte, ce n’est pas qu’il s’attribue des prérogatives que la Constitution ne lui reconnaît pas. Ce qui compte c’est qu’il cesse de s’attribuer ces attributions et qu’il retourne dans la logique des textes. Sinon, nous entrerions dans une situation qui touche à la confiance. Nous avons eu à échanger longuemnt sur ça. J’ai beaucoup fait pour exiger la tenue du Conseil supérieur de la Défense car beaucoup de questions étaient réglées totalement en dehors du cadre constitutionnel ou institutionnel. Depuis, il y a eu une amélioration mais il reste encore beaucoup à faire. Le problème porte finalement sur les responsabilités individuelles. Dès lors que vous avez posé des actes qui ne relevaient pas de votre compétence, quand cela a été mal fait, demandez-vous à vous-même des comptes mais ne les demandez pas à celui qu’il appartenait de poser ces actes mais qui les a pas posés...
Monsieur le Vice-président, comment régler la question Interahamwe alors qu’à l’Est, les bruits de bottes se font à nouveau menaçants?
Il y a bien longtemps, lors de ma première conférence à Kinshasa après notre arrivée dans la Capitale, j’avais préconisé une solution à ce problème et cette solution reste d’actualité. Si l’on veut régler nos relations avec le Rwanda, il faut absolument aller dans le sens d’un comité de vérification. Beaucoup, à l’époque, avaient critiqué ma proposition mais, depuis, ils ont dû signer des accords. Dans cette affaire, ce qu’il faut faire, c’est de vérifier les diverses allégations: telles sur la présence des troupes rwandaises au Congo. Telles sur la menace que constituent les Interahamwe sur le Rwanda. C’est le premier travail. Le deuxième est de faire tarir les sources d’approvisionnement en armes des Interahamwe. Nous sommes quand même sur la terre des hommes. Eux ne sont pas des extra-terrestres. Ils sont localisables. Qui leur fournit les armes? Comment celles-ci leur viennent-elles? Par air? Par mer? Par route? Dès lors que nous n’aurons pas résolu la question de la source d’approvisionnement, ils vont continuer à renouveler leurs capacités militaires et à constituer un danger réel. Quelle que soit la personne qui leur donne les armes, quelles que soient les structures, il faut une enquête sérieuse au niveau du Conseil de sécurité des Nations unies. L’objectif est de fermer ces robinets. Enfin, il faut le désarmement. Le règlement définitif de la question Interahamwe ne viendra que quand on leur aura enlevé les armes.
Malgré son impressionnent armement dont des chars, la spectaculaire flotte dont elle dispose y compris des hélicoptères de combat, la MONUC s’est malheureusement révélée insuffisamment outillée et n’a pas de résultat du fait d’un mandat de désarmement volontaire. Il faut un mandat de désarmement forcé. Mais ce qui choque, c’est le fait que la Communauté internationale ait créé à Arusha, en Tanzanie, un TPIR qui cherche des clients alors que ceux-ci se trouvent non loin de là, dans les Kivu, en liberté... Dans la question des Interahamwe, la communauté internationale a une responsabilité réelle. Les Interahamwe qui ont commis le plus terrible génocide de l’histoire humaine, en termes d’importance, du nombre de tués en l’espace d’une période, n’auraient jamais dû traverser la frontière du Congo avec des armes. Le mandat de la MONUC doit être revu à la hausse. Les déclarations émotionnelles - je l’avais déjà dit à Gatumba - ne suffisent plus. Il faut engager la Communauté internationale à agir. Mais certes, il y a également la part qui revient à l’armée congolaise. Il est gênant qu’un pays voisin continue à dire que des gens en veulent à sa sécurité mais que nous disions à ce pays: «ne venez pas chez nous les chercher...»
Et qu’en même temps, nous ne fassions rien alors qu’il nous revient de garantir que ce pays voisin - qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, on ne déplacera pas ses frontières - ne sera pas attaqué à partir de notre territoire. L’armée congolaise a la responsabilité première de désarmer les Interahamwe. Alors qu’on envoie des brigades désarmer Nkunda et consorts - j’apprends qu’il y a de nouvelles brigades qui font mouvement vers les Kivu - pourquoi ne pas expédier trois ou quatre brigades désarmer les Interahamwe? Il reste que si grave soit-elle, la question des Interahamwe ne saurait justifier une guerre entre le Rwanda et le Congo. Le règlement de cette crise doit passer par des solutions politiques et diplomatiques.
Vous êtes en pointe dans la lutte anti-corruption. Comment expliquez-vous cela?
Je suis un passionné de la bonne gouvernance, de la transparence dans la gestion des affaires de l’État. Ma lutte, hier politico-militaire, aujourd’hui politique, n’aurait pas de sens si elle ne servait à améliorer la qualité de vie de nos compatriotes. Face aux bailleurs de fonds, on se présente toujours en quémandeurs de fonds... Mais nous pourrions produire cet argent que l’on va chercher à l’étranger! Car cet argent existe... Allez aux postes frontières. Voyez la gestion du budget de l’État même si l’on parle de la fameuse chaîne de dépense. Voyez la tenue des comptes de la Banque centrale ou la gestion des ministères... Je pense que nous devons nous réjouir d’avoir commencé à imposer à l’opinion congolaise l’idée que chacun doit se contenter de son salaire, un dollar ou un franc congolais de plus que son salaire devant être justifié. Je salue le travail fait par l’ÉCOFIN, par le Parlement et au niveau du Président de la République.
Que le discours anti-corruption dont nous sommes les pionniers ait conduit à des sanctions politiques ou administratives est déjà beaucoup - je ne peux pas vous dire à quel point je suis satisfait. J’espère que les personnes qui sont suspendues sont fautives et que les innocents ne sont pas dans le groupe de suspendus. Mais si ces personnes sont réellement responsables, je suis de ceux qui pensent qu’il faut pousser la logique plus loin: il ne suffit pas que quelqu’un qui a pris 500.000 ou 1 million de dollars démissionne ou qu’il soit remanié du Gouvernement. Puisque cet argent ne lui appartient pas, il faut que cet argent soit récupéré et soit remis au Trésor public afin qu’il fasse ce qu’il aurait dû faire. Ceci règle la question de détournement... Parce que détourner c’est faire prendre à un bien (ou à l’argent) une destination autre que celle qu’il aurait dû prendre à l’origine. Mais il faut aller beaucoup plus loin encore: la voie judiciaire.
Car ce que j’ai appris en droit est que la peine a un effet intimidateur... C’est important. Si nous voulons changer la société, nous devons révolutionner. Je suis partisan des solutions de choc: des solutions qui brisent, qui cassent, qui concassent avec ce traditionnel jugement selon lequel les Congolais sont comme ça, les Kinois sont comme ça, les politiciens congolais sont comme ça! Nous devons mettre en place une génération de dirigeants qui ne s’accommodent pas des anti-valeurs. Il nous faut définitivement créer une nouvelle culture... Il nous faut, aujourd’hui et maintenant, demander à la Cour des Comptes, à l’ÉCOFIN, à la Commission parlementaire d’élargir l’espace des audits. Il faut auditer la Banque centrale. Ce n’est pas possible qu’on ait pris 500.000 dollars à la BCC et qu’aucune lumière n’ait été faite depuis, que l’on ne sache pas qui a perpétré le vol? Comment il l’a été? Avec quels complices? Mais il faut en plus aller à toutes les autres entreprises, à toutes les Institutions, aux services spécialisés, à l’armée, à la police... Nous devons nous assurer que tout l’argent qui sort du Trésor public pour le compte des militaires est reçu par les militaires comme solde ou comme ration et que cela ne s’arrête pas en chemin. Nous avons la responsabilité de continuer à travailler à l’augmentation du budget de l’armée mais, en même temps, il faut nous assurer que lorsque l’argent sort, il arrive à destination. S’il y a des responsabilités, il nous appartient de sévir.
La question de la corruption est l’une des rares causes qui peuvent conduire à la déchéance du président de la République ou du Vice-président de la République. Lorsqu’il est prouvé qu’il a été corrompu, il n’est pas à l’abri de la sanction. Ce n’est donc pas une affaire de ministres, de P-dg, de faibles seuls. Nous avons la responsabilité d’asseoir une culture de transparence dans la gestion des affaires de l’État, une culture de lutte contre la corruption. C’est l’une des garanties pour le bien-être social de nos populations.
Vous sentez-vous donc trahi par ce qui se passe? Le RCD étant aussi mêlé à ces affaires de corruption...
Le RCD n’a jamais prétendu être parfait. Cependant, ayant été le promoteur de la bonne gouvernance, nous ne pouvions nous attendre qu’un membre du Gouvernement issu du RCD soit mis en cause. C’est nettement une déception si ce ministre ne prouve pas son innocence. Cela veut dire qu’il aura agi contre les idéaux du Parti.
Iriez-vous jusqu’à demander une exclusion du Parti?
L’exclusion d’un membre du Parti répond aux textes du Parti. Ces textes qui règlent la procédure pour un Congolais de devenir membre du RCD déterminent la procédure d’exclusion. Si la responsabilité dans une affaire de corruption fait partie des causes d’exclusion d’un membre, nous appliquerions les textes.
Vous êtes un nouveau venu à Kinshasa et à la politique nationale. Plus d’un an passé à la tête de l’État, quel jugement portez-vous de la classe politique nationale?
La classe politique congolaise est complexe. Il y a un peu de tout. Je sens qu’on est venu à cette classe politique à un moment où il y a nécessité de faire une symbiose entre les anciens et les nouveaux, les jeunes et les vieux, ceux qui ont fait la lutte armée et ceux qui ont fait l’opposition non armée. Il y a un mixage très intéressant qui règle les questions du conflit des générations ou de tendances Mobutistes-Kabilistes, RCD-MLC. Nous sommes à la recherche d’une classe politique, d’un noyau beaucoup plus responsable prêt à travailler dans la cohésion, à mettre l’intérêt général avant les intérêts particuliers. Je ne doute pas qu’à l’issue de la transition, à l’issue des élections ou d’une toute autre manière, le Congo aille vers une classe politique beaucoup plus responsable. Cette cohabitation imposée par les Accords est un tamis qui permet à la population de se choisir demain une classe politique beaucoup plus affinée, prête à voir les questions nationales sous une vision qui rende le Congo véritablement ce géant de l’Afrique centrale à l’instar de l’Afrique du sud pour l’Afrique australe, du Nigeria pour l’Afrique de l’ouest, de l’Égypte pour l’Afrique du nord. Je rêve de ce moment où le Congo va entraîner avec lui l’Afrique centrale: ce moment où sa suprématie va aller de pair avec sa taille, sa superficie, sa population, ses richesses naturelles. Jusqu’ici, il y a décalage entre toutes ces potentialités. Il arrivera un moment où nous allons vivre comme Dieu a voulu que nous vivions quand il a doté ce grand pays de cette diversité culturelle et de toutes ces richesses.
Monsieur le Vice-président, si l’occasion vous était donnée d’engager trois réformes majeures pour que cette vision puisse avoir lieu, lesquelles mèneriez-vous?
La première réforme engagerait le domaine de la justice. J’ai appris - peut-être parce que je suis de formation de juriste - à comprendre que la justice est le fondement de tout. La justice élève une Nation - je crois. Ailleurs si ça marche c’est parce qu’il y a la justice. La justice n’est pas seulement les tribunaux. La justice est un mode de vie. On trouve la justice partout: à la maison, à l’école, au marché dans la fixation des prix par exemple - il ne faut pas qu’une fausse balance commise à la pesée fasse multiplier les prix pour enrichir en un mois son propriétaire.
La justice c’est ce qui fait qu’on punit les coupables et qu’on élargisse les innocents, c’est ce qui fait que tout travail mérite salaire. Il n’y a aucune raison que des fonctionnaires travaillent et qu’ils n’aient pas un salaire - c’est la justice distributive. Quand la Miba distribue un salaire mensuel de trois millions de dollars à une cinquantaine de directeurs, sait-on que c’est à un dixième de ce montant qu’ailleurs on a droit? Ceci n’est pas normal... La justice c’est aussi la notion d’équité: la Nation congolaise équilibrée où le bien-être va aussi bien chez les riches que chez les pauvres. Il ne faut pas que les riches aient à jeter des biens à la décharge là où les pauvres ne trouvent rien à manger. La deuxième réforme à mener touche le domaine de la sécurité. Nous avons beau être justes, si nous n’avons pas la sécurité, cela n’est rien. La sécurité est à la base de tout. Nous parlons parce que nous sommes vivants. Nous sommes vivants parce que nous sommes en sécurité. Hors d’un système sécuritaire approprié, le Congo de demain sera comme une jungle où les terroristes de la pire espèce pourront se mouvoir librement - encore que c’est déjà le cas aujourd’hui dans certaines parties du pays avec tous ces génocidaires.
La troisième réforme viserait le domaine des Finances. Je ne vois pas comment on pourrait prétendre arriver à quoi que ce soit en dehors d’une réforme du secteur financier national.
Parlons de Kabila si vous voulez. Hier, vous l’avez combattu, aujourd’hui, vous travaillez ensemble. Comment est-il comme homme, comme homme politique?
Je l’ai combattu parce qu’il a succédé à l’ancien président... Le RCD, notre Parti, a mené la guerre contre le régime qui était alors à Kinshasa. Ce n’était pas nécessairement lui comme homme... Il y eut été quelque d’autre que nous l’aurions combattu. J’assume. Nous avons eu une divergence armée...
Aidez le monde à le connaître mieux...
Quel homme est-il? Mais je ne suis pas chargé de sa communication. Mais le peu que je puisse en dire est que Kabila Joseph est jeune. C’est visible, n’est-ce pas? Il a tous les avantages et les inconvénients liés à la jeunesse. Kabila c’est quelqu’un qui a la lourde responsabilité de marier sa vie de président de la République, de chef de l’État, de garant de la Nation - c’est dans la Constitution - avec celle de responsable n°1 du PPRD. Je crois que toute la sagesse à ce niveau réside dans ce défi: comment doit-il rassurer tout le monde comme président dès lors qu’il doit également satisfaire les intérêts de son parti qui, souvent, sont contradictoires avec les intérêts des autres partis? Cela étant dit, je pense que nous sommes tous embarqués sur un même navire, que chacun devrait garder ses chances.
Parlant des chances, quand et comment voyez-vous les élections? Et la position du RCD?
Les élections, nous les attendons au mois de juin 2005. C’est l’Accord global et inclusif. L’accord a prévu 12 mois en plus. Soit six mois renouvelables une fois. Mais la tenue des élections suppose la réunion des préalables. Les préalables c’est l’intégration de l’armée, de la police, la sécurité à assurer, le financement - on en a parlé plus haut: 125 millions de dollars manquent...
Sans compter la logistique que devra fournir la MONUC pour sillonner un pays Continent dépourvu de routes... Sans doute, l’enveloppe totale sera-t-elle plus importante. Si nous réunissons ces préalables, on ira aux élections. Sinon, il appartiendra à la CNÉ de saisir l’Assemblée et le Sénat - c’est à ce niveau de compétence que se décidera la prolongation ou non de la transition. Comme parti politique, nous avons les ambitions de nous présenter à tous les niveaux: local, provincial, parlementaire et présidentiel. Nous croyons que notre projet de société est digne de nous amener à la victoire.
La réunion de Sun City n’a-t-elle pas été démagogique? L’idéal n’aurait-il pas été une transition plus longue quand on sait par exemple que les pays voisins post-conflit, le Rwanda, l’Ouganda, l’Angola, ont eu droit à une décennie avant les élections?
Cela aurait été l’idéal. Si ces pays ont eu recours à une transition plus longue, considérez-les face au Congo, à sa dimension, à sa population, l’absence des infrastructures... Mais il est possible aussi de tout bâcler. Par exemple, on vient d’adopter une loi qui va régir le recensement non de la population mais des électeurs! Cela veut dire qu’il sera difficile de déterminer les circonscriptions électorales sur base du nombre des habitants. Voilà qui est bâclé... Ce n’est pas un recensement, c’est un semi recensement. Un recensement intégral aurait nécessité plus de temps et d’argent. Mais c’est l’Accord a décidé. Et nous sommes respectueux de la parole donnée...
Dernier regard sur la région?
Il y a un problème dans la région d’Afrique centrale: une sorte de crise de confiance. Depuis dix ans ou plus, le pays a eu différentes crises ouvertes ou larvées avec ses voisins: l’Angola, le Congo-Brazza, le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, la Centrafrique, la Zambie. Notre pays est un grand pays. Il a une vocation: celle d’être le moteur de la paix, de la sécurité, du développement. Nous devons le rappeler aux compatriotes et à la région... Un grand pays signifie un grand dessein.
Si nous réussissons le pari de la paix, de la sécurité et du développement, il ne nous sera pas nécessaire d’être membre du SADEC ou du COMESA - nous pourrions peut-être être membres mais nous pourrions surtout imposer une organisation régionale avec comme centre le Congo autour duquel graviteront les autres pays.
Nous ne devons pas avoir la psychologie de complexés. Nous avons beaucoup d’atouts, pour le présent comme pour l’avenir. Nous sommes appelés à être un pays de référence. Si ceci consacre notre position stratégique, cela signifie qu’il nous faut semer la paix, la sécurité, le développement. Si nous réalisons les réformes dont nous avons parlé plus haut, nous devrions nous attendre à être la locomotive des pays voisins. Et je pense qu’il nous faut éviter le gâchis: nous avons la chance de figurer parmi les Nations les plus prospères du monde à condition que nous soyons conscients de ce que nous représentons.
Nous traversons des zones de turbulence. Mais nous devrons régler nos problèmes par la politique, la diplomatie et non par la guerre. Si nous arrivons à cela, nous allons entraîner les autres pays vers le développement.
© lesoftonline.net
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